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Interview de Agathe Wautier, co-fondatrice de The Galion Project

Nous avons rencontré Agathe Wautier, la co-fondatrice de The Galion Project. Avec elle, on a parlé entrepreneuriat, tech mais aussi kitesurf !

L’expérience de tous ces entrepreneurs est bien trop riche pour ne pas être diffusée plus largement.

Pouvez-vous vous présenter ? Qu’est-ce que The Galion Project ?

Je m’appelle Agathe, j’ai 31 ans, je suis la co-fondatrice du Galion Project.  Après avoir travaillé chez Orange sur les problématiques de marque à l’international puis dans le digital, j’ai eu envie de plus d’indépendance. Je me suis lancée dans l’entreprereuriat avec la création de The Galion Project qui fêtera ses deux ans en mai.

The Galion project est un think tank 3.0, une expression anglaise qui veut dire laboratoire d’idées. C’est d’abord un réseau d’entraide entre entrepreneurs de la tech créé par des entrepreneurs pour se stimuler les uns les autres. Cependant, avec Jean-Baptiste Rudelle, président et co-fondateur de Criteo, nous nous sommes vite rendus compte qu’il fallait aller au delà.

L’expérience de tous ces entrepreneurs est bien trop riche pour ne pas être diffusée plus largement. Jean-Baptiste Rudelle ayant fait tout le cycle, emmenant CRITEO jusqu’à l’entrée en bourse au NASDAQ, il avait très envie de partager son expérience : et de montrer que « oui, c’est possible ! » On peut réussir quand on est entrepreneur français dans la tech, je conseille d’ailleurs vivement la lecture de son livre à tout entrepreneur.

L’idée est donc venue de créer ensemble des publications et des réflexions sur tout ce qu’on se dit lors de nos échanges et de pouvoir les retransmettre à plus grande échelle. On a pu s’adresser au grand public avec des publications comme la Galion Term Sheet.  Un contrat devenu la référence de marché lorsque l’on reçoit son 1er  financement de la part d’un fonds d’investissement. Notre Term sheet a pour but d’aider les jeunes entrepreneurs qui ne sont pas très aguerris aux termes juridiques.

Vous avez donc créé ce document pour le grand public, et pas seulement pour votre communauté ?

C’est le premier document que l’on a publié au nom du Galion, en février 2016  et qui nous a aussi permis de nous faire connaître auprès des entrepreneurs et des fonds d’investissement. C’est un des documents majeur et fondateur d’une startup. Si tu te plantes sur ta term sheet au départ, il peut y avoir des répercussions énormes dans la croissance. Il y a plein de termes super compliqués, surtout anglais qu’il faut bien comprendre avant de se lancer.

On s’est arrêtés sur ce sujet en se disant qu’il fallait absolument créer un standard pour aider les entrepreneurs. Nous avons donc organisé trois dîners : un premier à San Francisco, un deuxième à Paris et un troisième à New York. À chaque fois,  les entrepreneurs du Galion échangeaient autour d’une term sheet standard réalisée par les cabinets d’avocats Gides et Jones Day. Nous avons finalement synthétisé tous les feedbacks des entrepreneurs et finalisé la Term sheet autour d’un dernier Galion break tous ensemble à Méribel. C’est vraiment devenu la référence pour les entrepreneurs qui font une première levée de fonds en série A (entre 800k et 3 millions d’euros).

Le but maintenant est de proposer d’autres outils qui seront « référence » sur le marché pour guider les jeunes entrepreneurs. Nous avons l’ambition de devenir la référence pour les entrepreneurs en hyper-croissance.

Plus nous aurons des entrepreneurs aguerris, informés et soudés plus ils créeront des entreprises à succès

Votre projet se base sur le membership mais votre premier document officiel a été publié pour le grand public. Pourquoi ?

Il y a une notion très forte de « give back » dans l’écosystème Tech. Les « 3 Mousquetaires de la Tech »  Jacques-Antoine Granjon (Vente-pivée.com), Simon Sinek (Start with why, son livre best-seller), Xavier Niel (Free) que l’on connaît bien font beaucoup pour encourager l’entrepreneuriat. La génération qui suit avec Frédéric Mazzela (Co-founder Bla Bla Car) membre fondateur du Galion, passe aussi beaucoup de temps sur le sujet. L’émergence de rôle model est fondamentale pour faire émerger des vocations.

Il y a une réelle envie d’aider les jeunes entrepreneurs. Plus nous aurons des entrepreneurs aguerris, informés et soudés plus ils créeront des entreprises à succès : c’est un cercle vertueux. The Galion project est une aventure collective pour des entrepreneurs qui sont souvent assez seuls.  Le message c’est « ensemble nous sommes plus forts ».

Il y a une réelle envie d’aider les jeunes entrepreneurs. Plus nous aurons des entrepreneurs aguerris, informés et soudés plus ils créeront des entreprises à succès : c’est un cercle vertueux.

Est-ce qu’il y a des projets qui vous ont inspirés, à l’étranger notamment ?

L’exemple américain que je cite souvent c’est le Mai Tai : une forte inspiration de ce qu’on fait. C’est une communauté d’entrepreneurs, de grands dirigeants et d’investisseurs qui a démarré dans la Silicon Valley. La différence avec le Galion c’est que nous nous réunissons uniquement entre entrepreneurs afin de pouvoir partager sur des problématiques communes très fédératrices.

Ce qui m’a inspiré dans le Mai Tai c’est la puissance de réunir ces entrepreneurs débordés dans un environnement fun et décontracté. Les liens que l’on crée sont puissants, les discussions sont plus profondes et surtout les entrepreneur(e)s ont le temps. Ils font un vrai break : indispensable dans le marathon qu’ils ou elles vivent au quotidien.

On assume complètement notre envie de se réunir autour du kite, du ski à la plage ou à la montagne : c’est une bulle de respiration nécessaire.

Quels sont les critères pour intégrer The Galion Project ? Pourquoi s’être focalisés sur le domaine de la tech ?

Le critère important, c’est d’avoir levé de l’argent. : minimum 1 millions d’euros.

Pourquoi ? Les entrepreneurs qui sont financés par des fonds d’investissement en capital risque ont un certain nombre de particularités communes. Quand un fond d’investissement est au capital d’une start-up il y une obligation de résultats et une pression qu’il faut gérer. La croissance de l’entreprise est à deux ou trois chiffres par trimestre ce qui implique de doubler, tripler les effectifs d’une année sur l’autre, réagir vite, être agile etc…

Ce n’est pas le lot de tous les entrepreneurs : c’est très spécifique au monde de l’innovation technologique. Nous avons donc souhaité créer un groupe homogène pour aider les entrepreneurs qui sont dans cette situation là. Dans mon board, Jean-Baptiste Rudelle, Frédéric Mazzella, Pierre Kosciusko-Morizet (PriceMinister.com), Tatiana Jama (The Selectionnist) ont tous vécu cette expérience. C’est le point de départ de notre projet en tant que tel. Les entrepreneur(e)s du Galion sont passionnés par l’innovation de rupture, les nouvelles technologies qui changent le monde.

Combien y a-t-il de membres pour l’instant ? Quelles sont les valeurs qu’ils partagent ?

Aujourd’hui il y 140 membres. L’idée n’est pas que l’on soit des milliers mais plutôt de réunir  des entrepreneurs qui ont une forte ambition, qui ont envie de partager et qui sont sympas. Cela résume bien nos valeurs : l’ambition, le partage et la joie de vivre.

Nos valeurs : l’ambition, le partage et la joie de vivre.

Peux-tu nous parler des grands rendez-vous du Galion Project ?

Nous organisons 4 à 5 Galion breaks par an : nous nous retrouvons  sur des spots de kite ou à la montagne. Pour la 1ère fois cette année je propose un break à San Francisco pour les entrepreneurs qui veulent se développer là-bas.  C’est un super challenge !

Nous organisons aussi des dîners et des meet-up tous les mois à Paris, tous les trimestres à NY et à San Francisco. On va lancer Londres cette année. Chaque dîner est en petit comité avec une thématique entrepreneuriale. Nous avons aussi un site internet privé sur lequel nous publions des débriefs de tout ce qui se dit dans les dîners et les Galion Break.

Et LE rendez-vous de l’année, c’est le projet sur lequel je travaille en ce moment : Galion Booster. Le lancement officiel est le 6 avril. Cette année nous avons décidé de le faire évoluer en sollicitant tous les fonds d’investissements, les accélérateurs et les entrepreneurs. Nous leurs demandons de nous proposer leurs meilleurs start-up. Nous inviterons les 5 équipes dans lesquelles nous croyons le plus à pitcher devant nous le 6 juillet sur le mythique rooftop de Criteo. Nous cherchons LA future pépite française.

Il y aura une seule wild card qui pourra être obtenue sur le web. Il faudra la gagner en réunissant le plus de votes sur internet. Le gagnant de la wild card obtiendra sa place directement pour la finale.

Le « Galion Booster invitational » est une occasion unique de pticher son projet devant des entrepreneurs de haut niveau qui connaissent par coeur les problématiques. Ce sont tous de potentiels business angels ou des futurs mentors. Quand on démarre, c’est une aventure incroyable.

Tu as parlé surf, vous êtes très sports de glisse. En quoi tu trouves que cette association avec les jeunes entrepreneurs est pertinente ?

Le kitesurf n’est pas un sport qui a été choisi par hasard. On dit souvent que le kite est un peu le nouveau golf des entrepreneurs. C’est un sport avec lequel on peut faire de nombreuses allégories avec l’entrepreneuriat : l’adrénaline, le sentiment de liberté, le partage, l’adaptabilité, le focus etc..

Jean-Baptiste dit souvent qu’on a l’impression que l’entrepreneuriat est super difficile, que ce n’est pas accessible à tout le monde, que c’est quelque chose de très risqué : un peu comme le kite. Alors que le kite est un sport accessible il faut juste ne pas avoir peur, aimer prendre des risques et persévérer. Au début, on tombe beaucoup, on se fait mal, on met la tête dans l’eau, il faut faire preuve de pugnacité et savoir se relever pour faire décoller son aile.

Il y a aussi une sensation de toute puissance quand on est seul sur son kite face aux élements : c’est assez grisant. Un peu comme dans l’entrepreneuriat : on peut vite penser qu’on va conquérir le monde sauf qu’en fait dès qu’on fait une petite erreur, qu’on oublie un détail ou que l’on est pas attentif : le rappel à l’ordre peut être violent. J’en ai la preuve avec cette cicatrice du Brésil, justement parce que j’étais un peu trop confiante. Tu as beau te fixer un cap, il peut toujours t’arriver quelque chose sur la route.

Un autre aspect comparable c’est que le kite c’est sympa d’en faire tout seul, mais on s’ennuie aussi très vite. C’est quand même mieux de partager sa session en groupe et on a besoin des autres pour faire décoller son aile.

Le dernier point, c’est le « lâcher prise »  sur un kite, on est obligé de ne penser à rien. Il faut gérer sa voile, son kite, la météo, les vagues : il n’y a pas de place pour autre chose. Un moment de déconnexion précieux pour des entrepreneur(e)s.

Un autre aspect que j’adore dans le Galion : c’est l’échange intergénérationnel. Il y a vraiment une génération de trentenaires, de quarantenaires et même de cinquantenaires. Les plus âgés vont apprendre des choses de leurs expériences aux trentenaires et vice versa, notamment sur l’entreprise libérée, la manière de manager les équipes… Il n’y a pas du tout ce côté donneur de leçons, d’autant que dans l’entrepreneuriat il n’y a pas un chemin tout tracé, il y en a mille.

DÉCOUVREZ THE GALION PROJECT !