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Interview : William Rezé – Thylacine.

On vous présentait il y a peu de temps Fakear, Superpoze et Thylacine : les jeunes princes français de l'électro ! Après sa date au Mexique et ses trois passages à l'énorme festival américain SXSW, l'Angevin de la bande est passé nous voir pour discuter de son parcours. Ses prochaines étapes ? Le Vietnam et la Russie ! Avant de le laisser filer, il nous en a dit un peu plus sur l'artiste de 22 ans qui se cache derrière Thylacine.

Je n’avais pas de culture particulière en musique électronique, j’ai découvert ce domaine en composant dans mon coin, sans être influencé par d’autres artistes.

Quel est ton parcours musical et ton approche de la musique ?

J’ai commencé la musique très jeune, en mode école de musique classique et solfège. Je suis passé par le conservatoire pour apprendre le jazz et l’improvisation, j’ai fait 4-5 ans d’orchestre et commencé à jouer dans des groupes à partir du collège. C’est une fois arrivé aux Beaux-Arts que j’ai tout arrêté pour me lancer dans quelque chose de plus individualiste. Là-bas, on est poussé à créer des choses travaillées et dont on maîtrise les aspects de bout en bout, quelque chose de pointu et riche. Du coup j’ai choisi de mettre mes morceaux de saxo sur des beats. Je n’avais pas de culture particulière en musique électronique, j’ai découvert ce domaine en composant dans mon coin, sans être influencé par d’autres artistes. Ma culture s’est forgée par la suite !

On adore tous les trois improviser, en se regardant dans les yeux et en se disant : « Hey on fait quoi après ??! » c’est vraiment fort comme moment !

Tu connais bien Fakear et Superpoze maintenant, mais comment les as-tu rencontrés ?

Comme pour beaucoup d’artistes j’ai rencontré d’abord Théo (Fakear) sur scène, il y a plus d’un an maintenant, à un concert à Vendôme. J’ai rencontré Gabriel (Superpoze) plus tard au Centre Pompidou à Paris. Il m’arrive régulièrement de bosser avec ce centre, de faire des installations interactives et des ateliers là bas. Superpoze lui, venait pour la première fois, il proposait un atelier découverte pour enfants. Il y avait UNE personne, il apprenait le beatmaking à un tout petit mec de 10 ans c’était assez marrant !

On s’est retrouvé  ensuite sur beaucoup de dates. On a fini par faire une collab’ d’ailleurs et depuis parfois, quand on joue ensemble, on aime bien créer la surprise en improvisant un truc. Lors de notre date au Chabada par exemple, avec Superpoze et un autre artiste Clément Bazin, ce n’était pas du tout prévu ! On adore tous les trois improviser, en se regardant dans les yeux et en se disant : « Hey on fait quoi après ??! » c’est vraiment fort comme moment !

Concernant la musique vous êtes classés dans la même catégorie, vous avez pourtant tous les trois une patte très marquée ! Qu’est-ce qui vous assemble ?

Ce qui nous relie c’est plus la forme que le fond, c’est vraiment notre manière d’aborder et de travailler la musique. On vient tous les trois d’une formation très classique et instrumentale. Gabriel a fait de la batterie pendant un bon moment, Théo a fait de la guitare et du saxo et moi j’ai commencé le saxo à 6 ans. On est très mélodique dans nos chansons, elles sont vraiment personnelles et intimistes. On peut dire qu’on fait parti de ce courant « Anti French-Touch » parce que justement on n’a pas vocation à faire bouger les dancefloor, même si les gens dansent sur nos musiques, on n’est pas dans cet esprit à la base.

C’est aussi lié au fait qu’on a tous une configuration hyper simple qu’on peut trimballer partout et on bosse seuls la plupart du temps. Personnellement j’adore composer en voyage avec très peu de matos et les gars c’est pareil. On n’est pas les premiers, mais c’est une manière vraiment particulière d’aborder la musique électronique. Après on a chacun notre patte et nos différences. Théo est plus pop avec ses voix semplées, Superpoze lui avait de grosses influences hip-hop à ses débuts. Moi j’ai des influences un peu plus techno, plus affirmées sur certains sons concernant la rythmique ou le groove.

Quel est ton meilleur souvenir dans cette aventure sous le nom de Thylacine ?

Il remonte à mes débuts, mon premier voyage à l’étranger. J’étais invité à jouer au Kosovo pour Dokufest, un festival de documentaires. Un moment assez fou et fort parce que c’est le Kosovo, et que leur accès à la culture est très restreint ! Ça se limite à la sorte de soupe commerciale qui passe à la radio, pas de salle de concert ou de cinéma. . . Ils ont pris mes musiques pour quelque chose de très moderne/underground jamais entendu et ça a beaucoup plu ! On me reconnaissait dans la rue, c’est toujours plaisant quand on débute. C’était aussi la première fois que je recevais mes billets d’avion pour aller jouer à l’étranger, un sentiment plutôt cool on ne va pas se mentir !

Au-delà de tout ça, c’était un rapport à la musique et au public qui était vraiment très intéressant ! C’était quelques mois après mon tout premier concert sous le nom de Thylacine. Je trouvais ça génial de voir à quel point ça pouvait parler aux gens loin de la culture électronique, et même à travers le monde. Aujourd’hui je reçois des mails de Colombie ou Nouvelle-Zélande, c’est vraiment fou.

À l’origine j’aime beaucoup l’impact du lieu où je compose sur mes morceaux, que ce soit en pleine campagne ou à New York, ça se ressent vraiment sur le morceau.

On sait que tu prépares un gros projet, peux-tu nous en dire plus  ?

Mon prochain gros projet c’est le Transsibérien, un sacré défi sur lequel je bosse en sous-marin depuis deux ans maintenant et qui me tient vraiment à coeur ! À l’origine j’aime beaucoup l’impact du lieu où je compose sur mes morceaux, que ce soit en pleine campagne ou à New York, ça se ressent vraiment sur le morceau. Le Transsibérien va à peine plus de 50km/h, avec un paysage de dingue qui défile, un mix de cultures et de traditions, l’occasion de composer dans un cadre hors du commun. Je vais partir mi-mai, pendant deux semaines pour composer à bord de ce train qui relie Moscou à Vladivostok ; entouré d’une équipe de tournage pour documenter tout ça. Il y a une grosse partie documentaire vidéo, on essaie vraiment de toucher la télé et la toile, et d’accrocher toutes sortes de profils et démocratiser la culture au sens large et la musique électronique.

On travaille aussi sur un mini-site qui permettra de suivre le trajet et la composition de l’album par des photos, vidéos, etc. Ça devient un projet totalement immersif qui a pour but de donner les clés de la composition d’un morceau, des morceaux avec une vraie histoire, qui vont chercher un peu plus loin pour provoquer des trucs plus fort.

Ça montre aussi l’évolution que prend la musique électronique, on peut composer partout, avec très peu de matériel, ce qui n’était pas possible il y a quelques années.

On est tous les deux des gros bosseurs et des acharnés, et on se pousse mutuellement dans nos retranchements jusqu’aàs’engueuler fort parfois et c’est comme ça depuis les premiers jours.Ruben, le manager de William

Vous avez monté votre label Intuitive Records avec Ruben votre manager, pourquoi une telle démarche ?

William : On s’est rendu compte que nous ne trouvions pas de label qui correspondait vraiment aux projets que nous souhaitions mener en parallèle. Nous avons dans nos cartons des idées un peu atypiques et nous voulons vraiment garder la main dessus. Plus qu’un label c’est vraiment une petite entreprise qui nous permet de gérer des trucs qui changent vraiment du cadre d’activité d’un label classique. Par exemple avec le Centre Pompidou, j’ai fait une pièce interactive à partir de son architecture pour en faire une partition, une sorte de machine reliant vidéo et son dans laquelle on tord les tuyaux et on tord le son. Un peu un pont entre l’architecture et la musique, j’aime beaucoup ce genre de projet un peu fou. C’est en lien avec mes recherches expérimentales aux Beaux-Arts, il me fallait cette société à tout faire derrière pour gérer ce genre de projet.

Le but à terme est quand même d’incorporer de nouveaux artistes pour leur faire bénéficier de notre réseau et nos connaissances dans le milieu, mais pour le moment ce n’est pas notre priorité.

Ruben :  Je crois fort au destin en fait, et je pense que notre rencontre était écrite noire sur blanc. Très peu de choses nous rapprochent à la base, nous sommes vraiment différents, en réalité sans la musique, on ne se serait peut-être jamais parlé ni croisé. . .  Mais la passion commune pour le projet de Thylacine renverse toutes ces différences et en fait une grande force. On est tous les deux des gros bosseurs et des acharnés, et on se pousse mutuellement dans nos retranchements jusqu’à s’engueuler fort parfois et c’est comme ça depuis le premier jour.
On veut continuer comme on fait depuis 2 ans à développer et installer Thylacine dans le paysage électro français et dès qu’on aura passé cette étape, qui devrait être longue, on pourra prendre le temps de signer d’autres artistes et de les accompagner !
Aujourd’hui la plupart du temps je suis à Paris, et quand je n’y suis pas je suis en voyage. J’essaie juste de prendre quelques jours pour moi quand je suis en déplacement, c’est aussi là que je puise mon inspiration.

Un artiste français à nous faire découvrir ?

Un artiste qui aurait carrément sa place avec nous : Dream Koala, il est un peu dans ce mouvement de croisement de musiques électroniques, des trucs vraiment très planants, plus que nous, avec des influences rock aussi parfois. C’est un personnage très intéressant avec une ligne directrice très forte, je l’écoutais il y a quelque temps même si à 20 ans c’est le plus jeune de nous tous.

Si Thylacine était un fromage français ?

Franchement, sans hésiter, ça serait le reblochon ! Je suis un énorme fan de tartiflette. Justement quand on était à la montagne avec Superpoze et Fakear on ne faisait qu’en manger, je crois que je n’ai jamais autant mangé de fromage de ma vie. On enchainait tous les jours Tartiflette le midi, raclette le soir et parfois pour changer on se faisait une fondue.

Un lieu en France où tu puises ton inspiration, où tu aimes aller ?

Mon endroit préféré serait du coup la Gaité Lyrique à Paris. Quand j’ai du temps libre je vais là-bas, ils ont une énorme bibliothèque sur les arts numériques, de manière très large, il y a des jeux vidéos en test c’est vraiment cool. J’aime bien aussi aller me reposer chez mes parents à Angers, le temps d’un retour aux sources, mais c’était très très rare ces dernières années ! J’en profitais pour prendre la route la plus directe vers la plage pour aller surfer.

Aujourd’hui la plupart du temps je suis à Paris et quand je n’y suis pas je suis en voyage. J’essaie juste de prendre quelques jours pour moi quand je suis en déplacement, c’est aussi là que je puise mon inspiration.

Merci William, merci Ruben !

Retrouvez Thylacine sur sa page Facebook, son Soundcloud et sur le site d’Intuitive Record.

Lire notre article sur les jeunes princes français de l’électro.

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