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Interview Romain Rainaut, Conquer Your Day

Toujours à fond les ballons et fan de sport, Romain Rainaut a largué Londres et ses fonds d'investissement pour créer avec son meilleur pote Ludo Conquer Your Day.

Ce mouvement propose des séances de sport gratuites par quartier mais répand surtout une philosophie de vie qui nous fait sortir de notre plumard : toi, lecteur, il est temps de « conquer your day ! ». Il vient de lancer une collecte de fonds sur Ulule pour structurer davantage et faire évoluer le mouvement. Nous l’avons rencontré à cette occasion !

Je ne tenais plus en place en rendez-vous, j’avais la tremblotte.

Après 10 ans à Londres tu as décidé de rentrer en France : raconte-nous ton retour.

Je suis rentré tout nu en France après une expérience à Londres dans un fond d’investissement qui s’est révélé compliquée. Je sortais d’un Iron Man (ndlr : un triathlon d’un distance totale de 226 km : 3,8 km de natation, 180 km de vélo et 42 km de course) avec des amis avec qui je faisais pas mal de sport.

J’étais donc entre ces deux expériences : boulot compliqué VS défi sportif que j’ai adoré. Je me suis dit que c’était peut-être le moment de créer quelque chose dans le sport.

Tu voulais complètement arrêter la finance ?

Oui c’était fini. Je ne tenais plus en place en rendez-vous, j’avais la tremblotte. J’avais gouté à l’entrepreneuriat dans ce petit fond d’investissement et pendant 10 ans à Londres je suis passé de grosses boites à de plus en plus petit et ça, ça me plaisait.

Ce sont tes défis à toi, mais le groupe est la pour t’aider à te galvaniser, à fixer tes objectifs.

Tu as toujours eu la bougeotte ?

Oui j’ai toujours été piquouzé, hyperactif et sportif. Je faisais des triathlons régulièrement et un peu partout (Annecy, Genève, Abu Dhabi, Londres). . .

Donc de retour a Paris, tu t’es lancé.

L’idée de base avec mon meilleur pote Ludo c’était de créer une marque de fringues de sport. Il n’y a pas vraiment de juste milieu dans les marques de fringues, bien coupées pas trop chères. On s’attaquait donc à des grosses machines du marketing qui créent des vêtements et les poussent à une communauté. On s’est dit qu’on allait faire l’inverse : créer une communauté et après voir si on peut décider des vêtements avec eux.

Qu’avais-tu en tête ?

On voulait créer quelque chose autour du sport, mais pas autour du running. Premièrement, je voulais réveiller les gens. Je trouvais que par rapport à l’Angleterre on ne faisait pas assez de sport ensemble en France ! On n’était pas mou, mais il fallait quand même se réveiller un peu plus.

Est-ce que je me suis « challengé » aujourd’hui ?

Deuxièmement, je voulais surtout que ce soit accessible à tout le monde. A ta cousine, au bodybuildé, à la personne qui reprend le sport, au marathonien moins de 3 heures.

Troisièmement, parce qu’on a tous un emploi du temps chargé, je voulais que ce soit condensé. Que ce soit une heure de sport, point barre et qu’on puisse faire quelque chose après.

Donc je me suis dit que le boot camp était une façon de réveiller tout le monde.

Le bootquoi ?

Le boot camp, c’est une méthode d’entrainement de l’armée. Tu fais du running pour réveiller ton cardio pendant 30 minutes, il y a quatre groupes de niveau. Puis on se rejoint et on fait des exercices et pareil, on compte quatre paliers. Chacun peut s’arrêter à chaque exercice.

CYQ

Le but, c’est qu’il y ait des gens qui te gueulent dessus, qui te poussent à faire tes exercices, qui t’encouragent. Ensuite, 10 minutes de stretching et on se retrouve dans un bar.

Je ne voulais surtout pas prendre des sportifs professionnels ni diplômés.

Qui sont ces coachs qui motivent les troupes ?

Les coachs, qu’on appelle ambassadeurs, sont des amis, à chaque fois. Des gens qui sont motivés, qui débordent d’énergie mais qui ont envie surtout de participer au mouvement. Je ne veux surtout rien pousser.

Ça leur prend une heure par semaine, ils ne sont pas rémunérés. Tout est gratuit. Les ambassadeurs sont plus sportifs que la moyenne mais sont pas des pros. Je ne voulais surtout pas prendre des sportifs professionnels ni diplômés, car le but est de motiver les participants, je veux que ces derniers se disent : « S’ils y arrivent, je peux y arriver ».

Au début c‘est moi qui le faisais. Au premier bootcamp à Opéra en février 2015 on était 4. Je hurlais sur mes potes qui ne comprenaient pas trop ce que je faisais.

Ceux qui tiennent le bar aussi sont des amis : on part d’un bar et on y revient après la séance. Le bar gagne en visibilité, on ne prend pas de commission.

Et ça a vite pris ?

On a lancé la communauté en février/mars 2015. On était donc 4 au départ, puis au bout de deux mois on devait être 80. On était au centre de Paris, là où les quais sont fermés, il y a plein d’espace. Le bootcamp d’Opéra est vite devenu saturé.

Il faut se lever avec la faim.

On commençait à me demander d’autres sessions. Mais il y avait plusieurs choses très importantes à garder en tête si ça grossissait :

Tout d’abord, c’était fait pour et par nous.

Ensuite, le fait de garder notre côté à la fois gratuit et indépendant est très important : bars d’amis, pas de sponsors, …

On a d’ailleurs vite arrêté la marque de fringues qu’on a lancé en mai 2015. Avant que ça puisse vraiment prendre, on est un peu revenu sur notre décision de créer une marque. Je ne voulais pas forcer les gens à acheter mes propres produits. En plus, le textile est un milieu très dur, il faut beaucoup d’argent et faire énormément de communication. On s’est donc concentré sur le développement de la communauté.

Depuis le début, les sessions sont gratuites et on a dit non aux marques pour rester indépendants.

Vous avez ensuite ouvert dans plusieurs quartiers parisiens et en Province…

Oui, ça s’est vite enchainé, donc on s’est dit qu’on allait ouvrir dans tous les quartiers de Paris ainsi qu’à Nantes, Lille, Tours…

Aujourd’hui, on sort 2 500 personnes par mois dans la rue.

Et combien de personnes par sessions ?

Entre 100 et 120 personnes.

Au premier bootcamp à Opéra en février 2015 on était 4. Je hurlais sur mes potes qui ne comprenaient pas trop.

Pourquoi les gens viennent tu penses ?

C’est une motivation, c’est vraiment un séance juste pour te rebooster. Après tu veux boire du jus de tomate, manger du quinoa, boire une bière et grignoter des cacahuetes, faire du running avant, de la muscu après… Tu fais ce que tu veux, tu vis ta vie ! Nous on est juste là pendant une heure, on te prend par la main et on te gueule dessus, pendant une heure on s’occupe de toi.

Ce sont tes défis à toi, mais le groupe est la pour t’aider à te galvaniser, à fixer tes objectifs. C’est un coup de pouce.

CYD

CYD est plus qu’une séance de sport, c’est une motivation.

Une philosophie ! Tu écris même des articles pour le blog CYD.

Oui, on voudrait faire du contenu, être ton « win button » avant d’aller de te coucher. On veut monter une appli qui serait un peu ta référence en matières de challenge et motivation.

Est-ce que j’ai « conquer my day » ? Est ce que j’ai participé à un bootcamp cette semaine ? Est-ce que je me suis challengé aujourd’hui ? Tu ne te couches pas si tu n’as pas appuyé sur ton bouton CYD !

On a une demande tous les deux jours environ pour ouvrir une ville.

Cet état d’esprit de challenger, tu l’as chopé à Londres ?

Oui. Je faisais pas mal de kickboxing et ma coach faisait aussi de l’hypnothérapy. Un jour, comme je n’étais pas très fort en boxe et je prenais quelques coups, elle m’a proposé de faire une séance d’hypnose. En fait, elle recommande à tous ses clients de se lever le matin, de sourire devant la glace et d’affronter sa journée avec des minis challenges. Eh oui, j’ai vraiment commencé à le faire et ça a changé ma façon de voir ma journée. D’où Conquer your Day. C’est venu naturellement, c’est très snappy.

Pourquoi lancez-vous une campagne de crowdfunding ?

Depuis le début, les sessions sont gratuites et on a dit non aux marques pour rester indépendants. On lance une campagne aujourd’hui car il y a des frais : le premier pilier de dépenses sont les frais de fonctionnement, d’assurance, de certification de la méthode.

Le deuxième pilier de dépense, c’est le fait de simplifier l’accès aux boot camp. On voudrait développer une appli toute simple pour mieux gérer les cours, pour que les gens s’inscrivent et savoir, pour nous qui organisons, qui vient exactement.

Aujourd’hui, on le fait via des events Facebook ce qui nous a créé une belle viralité, mais parce qu’il y a de plus en plus de monde ça doit maintenant être plus cadré.

Vous n’avez jamais pris peur du côté viral ?

Si un peu, c’est pour ça que je veux vraiment avoir un système de booking de cours. Le but est de développer l’appli pour mieux structurer la communauté. On comptait (et on compte toujours !) vraiment sur la bonne volonté des gens.

Notre fierté, c’est de rassembler les gens dans la rue.

La viralité nous a permis de nous faire connaître très vite. Notre troisième pilier de dépense, c’est d’ailleurs de se développer et d’agrandir la famille en conquérant de nouvelles villes. On a une demande tous les deux jours environ pour ouvrir une ville. On est dans quatre villes aujourd’hui Paris- Lille- Nantes- Tours. On est prêt pour ouvrir à Genève, Londres, Luxembourg et Marseille.

Toujours avec des ambassadeurs que tu connais ?

Oui, que des amis. Ce que je trouve vraiment sympa et ce qui me suivra longtemps je pense, qu’importe si Conquer Your Day se développe ou non, c’est le fait d’avoir fédéré des gens autour d’un état d’esprit et d’avoir créé quelque chose qui a fait du bruit.

On a 62 ambassadeurs aujourd’hui, c’est vraiment génial, on a vraiment créé un petit noyau. Tous les ans, on fait un séminaire pour motiver les troupes et les gens sont hyper investis… Notre fierté, c’est de rassembler les gens dans la rue.

C’est notre communauté et nos ambassadeurs les meilleurs vecteurs de notre état d’esprit.

On sort 2 500 personnes par mois dans la rue.

Quels sont les feedbacks que tu as eus pour le moment ?

Les messages que l’on reçoit sont très touchants, on se rend compte que les gens se donnent vraiment des challenges.

Qu’est-ce que tu as appris sur toi en montant CYD ?

C’est bien d’avoir une idée mais c’est totalement autre chose de la mettre en place. La rigueur de l’entrepreneur : je ne savais pas qu’il fallait être aussi rigoureux.

C’est notre communauté et nos ambassadeurs les meilleurs vecteurs de notre état d’esprit.

Et sur la société en générale ?

Les choses positives, c’est qu’on est dans une société où les gens sont quand même bons malgré tout ce qu’on entend. On compte sur la gentillesse et la bienséance des participants.

Il y a des côtés un peu jaloux qui m’ont surpris. Les gens veulent toujours aller chercher le pourquoi derrière, tout ce qui est nouveau intrigue beaucoup.

Salarié à Londres en finance VS entrepreneur dans un projet sportif : petite boule au ventre le matin ?

Non, justement je l’ai plus. Ce sont des bonnes boules au ventre car on crée de la valeur. Les gens font du sport et se tapent sur l’épaule. Ils savent faire des choses ensemble et je trouve ça rassurant.

L’aspect financier est plus compliqué, comparé à Londres en effet où je vivais très bien. Il faut se lever avec la faim. Tu vis plus à trois mois qu’à trois ans et ça peut-être un peu plus compliqué à gérer.

Merci Romain pour cette petite décharge made in France et bonne chance à vous et tous les ambassadeurs pour la collecte ! 

Découvrez la campagne de crowfunding CYD sur Ulule ici.
Retrouvez l’esprit CYD sur leur site et sur Facebook.

DÉCOUVREZ CONQUER YOUR DAY !